Homélie donnée par Mgr Bernard Ginoux, à Mongesty en mémoire de saint Jean-Gabriel Perboyre.

Samedi 11 septembre 2010.

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Homélie du pape Jean-Paul II

à l'occasion de la canonisation de St Jean-Gabriel Perboyre

Lundi 3 juin 1996

 

Je suis heureux de vous accueillir, chers amis pèlerins venus à Rome pour la canonisation de saint Jean-Gabriel Perboyre. Je salue cordialement mes frères dans l'épiscopat, notamment Sa Béatitude le Patriarche Stephanos II, les Évêques venus de Chine, de Macao, de France et de plusieurs autres pays. J'adresse aussi un salut chaleureux au Révérend Père Robert Maloney, Supérieur général de la Congrégation de la Mission, à ses confrères venus de toutes les provinces du monde, à la famille du nouveau saint, ainsi qu'aux membres et aux amis de la famille spirituelle de Saint Vincent de Paul.

Dans la personne de Jean-Gabriel Perboyre, originaire du diocèse de Cahors, se trouve résumée la vocation missionnaire vincentienne: se donner totalement au Christ dans l'annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres et la formation du clergé. Pendant près de dix ans, Jean-Gabriel a mis à profit ses talents d'éducateur des jeunes dans le diocèse d'Amiens, puis dans la formation des futurs prêtres diocésains à Saint-Flour, et enfin des novices de sa Congrégation à Paris. Mais, ressentie, très jeune, la vocation d'aller jusqu'аuх extrémités de la terre annoncer l'Évangile, dans l'esprit même de Monsieur Vincent, se réalisera enfin lorsqu'il sera арреlé à partir vers la Chine. « Priez Dieu, disait-il, que ma santé se fortifie et que puisse aller en Chine, afin d'y prêcher Jésus-Christ et de mourir pour lui ». Il partira sur les traces de son propre frère et sur celles du bienheureux François-Régis Clet, son confrère martyrisé en 1820 dans la même région. Dans се pays, qu'il a aimé, il vivra jusqu'à l'héroïsme son engagement de se mettre pour tоujоurs à la suite du Christ. Jean-Gabriel achèvera ce témoignage de foi dans le partage saisissant des étapes de la Passion du Christ sur un semblable chemin de la croix.

Prêtres de la Mission, et membres de la famille vincentienne, je vous encourage vivement à garder l'amour qui animait votre frère Jean-Gabriel à l'égard du peuple chinois, à maintenir intacte en vous la même aspiration à y annoncer la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus, qui se manifeste avec tant de force dans le martyre de Jean-Gabriel et de ceux qui, aujourd'hui comme hier, acceptent d'aller jusqu'au bout de leur témoignage.

Dans notre monde marqué par tant de pauvretés, de détresses et de désespoirs, la famille vincentienne que vous représentez ici se doit de continuer avec générosité l'ouvre commencée par Monsieur Vincent. Prêtres de la Mission, Filles de la Charité, associations de laïcs qu'il a fondées ou qui sont nées de son esprit, les conditions actuelles vous invitent à coordonner de mieux en mieux les divers services que vous accomplissez. La belle figure de Jean-Gabriel Perboyre demeure une source d'inspiration missiоnnаirе, un арреl à avancer toujours plus loin sur les chemins de l'Évangile.


 

Homélie de Monsieur l'Abbé SEGUY

Curé de Caussade - 11 septembre 2008- Montgesty

Nous sommes ici au cœur du Quercy, terre des merveilles pour les touristes, terre « qui ne produit que des truffes et des politiciens » disent les méchantes langues. Ce n’est pourtant pas cela qui nous rassemble : c’est un enfant du pays qui, de Mongesty à Hou-Tchang-Fou, en passant par Montauban, Montdidier, Paris et Saint-Flour, a laissé partout un témoignage de sainteté.
Cette imitation du Christ, elle est symbolisée jusqu’ici par la croix plantée à l’entrée du domaine familial , avec cette phrase de Jean-Gabriel : « Qu’elle est belle, cette croix plantée sur les terres infidèles et arrosée du sang des martyrs ».
Elle fait écho aux paroles de Jésus que nous venons d’entendre dans l’Evangile du jour : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » ( Mtt, XVI,24 )
Saint , prêtre missionnaire, martyr , St Jean-Gabriel le fut en apôtre de la Croix.

I. Sa sainteté, l’oraison de la messe la définit par les mots de « pureté de vie et charité » : lorsqu’on parcourt la vie de notre saint, on découvre, comme le dit un de ses biographes, le Père Sylvestre, qu’il fut « désespérément saint ». Ceux qui l’ont vu vivre ont tous témoigné de la vie exemplaire qu’il a menée : au cœur de cette vie, l’amour de Dieu et l’imitation de Jésus-Christ : « Tâchez surtout de détruire entièrement en vous tous les restes du vieil homme, afin de vous revêtir uniquement de Jésus-Christ, de vous bien pénétrer, de vous bien remplir de son Esprit » écrit-il à son frère louis.
Quant à sa pureté de vie, elle est telle qu’elle nourrit son humilité et lui fait toujours appréhender d’avoir terni en lui l’image du Ressuscité : « Je crains beaucoup d’avoir étouffé par mon infidélité à la grâce les germes d’une vocation semblable à la vôtre, écrit-il à ce même frère parti avant lui en mission.
En lisant ses lettres, on s’aperçoit que sa sainteté n’a pas été aussi simple que cela : il faudra la croix, le sacrifice pour contenir les petits défauts qui pouvaient gâter une si belle âme : on le sent impatient, bouillant , voire irritable et il deviendra un modèle de douceur et de patience.
C’est cette lutte incessante , qu’il se reproche de n’être pas assez ardente, qui lui fera gravir les degrés de l’humilité et fera grandir en lui le désir de Dieu.

II. Prêtre et missionnaire, il l’a été en réponse à l’appel de Dieu : « J’ai consulté Dieu pour connaître l’état que je devais embrasser pour aller sûrement au ciel. Après bien des prières, j’ai vu que le Seigneur voulait que j’entre dans l’état ecclésiastique ».
Il a une conscience aiguë, si aiguë, de la grandeur du sacerdoce qu’il s’en croit indigne : « Quel bonheur pour moi si je pouvais recevoir la prêtrise avec toutes les dispositions requises » Et tout de suite , dans la même lettre , il va droit au but de sa vocation : « Quelle source de grâces pour moi et pour les autres ».
Devenu prêtre, il sera le serviteur, le ministre de « Celui qui s’offrira à Dieu son Père entre mes mains » écrit-il à son père.
Dès l’âge de quinze ans, il parle de vocation missionnaire , il a dix-huit ans lorsqu’il écrit dans un devoir cette envolée sur la croix que je citais au début : « croix plantée sur les terres infidèles » . C’est ce désir d’apostolat, cet appel du Seigneur, qui déterminera son entrée chez les Pères de la Mission, les Lazaristes. Et ce jeune homme à la santé fragile va déployer une énergie étonnante, une ardeur apostolique vraiment surnaturelle. : ni la faiblesse de sa santé, ni l’interminable voyage vers la Chine, ni les longues marches, ni les nuits de veille, ni la nourriture parfois si rare, rien ne pourra l’arrêter dans son élan. Dans les moments difficiles, c’est toujours la Croix qui lui donne force et courage . Il écrit un jour aux siens : « Je n’en pouvais plus. En voyant cette montagne s’élever devant nous, j’en vins à me rappeler que je portais sur moi une petite croix à laquelle était attachée l’indulgence du chemin de la croix. C’était bien la cas de tâcher de la gagner » Et le voilà qui reprend des forces et qui parcourt montagnes, plaines et fleuves pour apporter la Bonne Nouvelle, pour faire connaître Jésus-Christ et pour soulager les misères et les angoisses de son peuple.

III. Le couronnement de sa sainteté, enfin, c’est la participation à la croix du Christ . Cette « croix arrosée du sang des martyrs » dont il parlait à dix-huit ans, il va l’arroser de son propre sang.
Le Pape Léon XIII a souligné l’extrême ressemblance des derniers jours de notre saint avec la Passion de Jésus. Tout y est :
le désir du martyre : en montrant les reliques de Monsieur Clet, mort martyr en 1820, il disait aux séminaristes : « Quel bonheur si nous avions un jour le même sort ! »,l’agonie et le soutien surnaturel comme au Jardin des oliviers, la trahison pour trente pièces ( pas une de moins !), son refus de la violence pour se défendre, sa mise au rang des malfaiteurs dans les prisons, les tribunaux devant les procureurs, le reniement d’un de ses plus fidèles disciples ; on le revêt , en guise de manteau de pourpre, de ses ornements sacerdotaux ; il donne l’ab- solution à ses compagnons de cellule comme Jésus au Bon Larron ; on l’oblige à boire une boisson immonde ; comme couronne d’épines on le marque au fer rouge sur le front ; il meurt enfin au milieu de brigands comme son Seigneur et Maître. C’était un vendredi ; on l’avait conduit hors de la ville, sur la montagne rouge.
Quand on regarde à l’église de Sapiac à Montauban le tableau de son supplice, on voit le bourreau lui asséner le coup de grâce d’un violent coup de pied dans la poitrine . Et sa pauvre mère, telle une piéta, de dire à l’annonce de son martyre : « Pourquoi devrais-je hésiter à faire à Dieu le sacrifice de mon fils ; la Sainte vierge n’a pas hésité à faire le sacrifice du sien pour notre salut ».
Lui, le bouillant et l’impatient, il sera un modèle de courage, et de patience, témoignant ainsi dans sa frêle nature, de la puissance de la grâce et de la force de l’Esprit-Saint.

Au cours de cette messe, qui renouvelle le sacrifice du Christ et que l’on célèbre traditionnellement sur le corps des martyrs, pour nous rappeler qu’ils ont « complété dans leur chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Eglise » ( Col, I,24), nous ne pouvons que demander au Seigneur trois grâces : une foi pure, vivante, agissante , une charité ardente pour Dieu et pour nos frères , surtout ceux qui dans leur corps ou dans leur âme sont les plus démunis, et enfin une ardeur apostolique qui ne ménage pas ses efforts pour annoncer le mystère du salut. C’est ce mystère qui a enflammé le cœur du jeune Jean-Gabriel, et qu’ a fait resplendir au XIX° siècle en Chine son martyre : le mystère de la Croix dont St Pierre Damien chantait la gloire en ces termes : « Vous ne devez pas ignorer, mes frères que dans le redoutable jugement de Dieu, la bienheureuse croix sera portée par la main des anges et resplendira aux yeux de tous les hommes ; elle n’empruntera pas alors l’éclat de l’or et des pierreries ; mais la vertu divine qui la pénètrera la rendra plus brillante que le soleil et les étoiles. Elle paraîtra pour la gloire de ceux qui l’auront aimée et embrassée, en même temps que pour l’opprobre de ceux qui auront refusé de la porter à la suite du Sauveur. Ceux en effet qui, ayant imité Jésus-Christ dans ses souffrances, se trouveront alors marqués du sceau divin de la croix, seront appelés à partager la gloire du Souverain Juge… Le jugement terminé, les justes, précédés de la croix, iront dans le Royaume éternel. Là , revêtus d’une gloire immortelle et d’un bonheur sans fin, ils contempleront avec une joie ineffable la Croix, signe divin qui les a rachetés et par la vertu de laquelle ils ont vaincu le monde » . Amen.
 

 

 

Homélie de Mgr TURINI

Evêque de Cahors

 

Sœurs et frères,

Nous sommes heureux, chaque année, de nous rassembler en ce lieu qui a vu naître le Saint martyr de notre Quercy.

Le Seigneur a su trouver en lui une terre fertile où la semence de sa Parole a pris racine au point que toute la vie de Jean Gabriel est devenu Bonne Nouvelle pour le service missionnaire sur le vaste continent chinois.

A certains, le Christ propose de faire ce saut vers l'inconnu. Quand on part en mission, on sait ce que l'on quitte, mais l'on ne sait pas ce que l'on va réellement découvrir. Cette aventure évangélique et spirituelle suppose un solide attachement à Jésus-Christ. Seule cette union peut expliquer pourquoi une homme ou une femme décide à un moment de sa vie, de porter l'Evangile chez un Peuple qu'il ne connaît pas, dans une culture qui n'est pas la sienne, sur une terre étrangère.

Le premier choix missionnaire, ce n'est pas d'abord de tout quitter pour partir au loin, mais de tout quitter pour Jésus-Christ. Nous n'avons que Lui comme seule richesse et notre plus grand bonheur est d'unir notre vie à la sienne.

C'est cet amour préférentiel qui vous prend à l'âme et au cœur, qui est le moteur de la mission ici ou ailleurs.

Est missionnaire, celui et celle qui garde devant lui, le Christ sans relâche comme seule direction et comme seul horizon de sa vie. Il n'en a pas d'autre.

Nous constatons aujourd'hui que nous vivons dans une société déchristianisée. Qu'est ce que cela veut dire ? Tout simplement que le Christ n'est plus au cœur de cette société, il en a été écarté, exclu. Alors on cherche des causes sociologiques pour expliquer le phénomène. Mais, est-ce vraiment là qu'il faut chercher ? N'est-ce pas d'abord en nous ? Quelle place occupe le Christ dans notre vie ? Est-il simplement à côté de nous, ou est-il réellement en nous.

C'est vraiment la question fondamentale qui est au cœur de l'évangélisation et j'aimerai que l'on puisse se la poser au cours de nos assemblées synodales.

Jean Gabriel écrivait dans un entretien spirituel que "Dieu doit trouver en nous une ressemblance avec Son Fils, comme si nous étions son portrait". Mais le prochain doit aussi trouver en moi, malgré ma misère et mon péché, les traits de Jésus-Christ afin qu'ils se gravent en lui.

Jean Gabriel a fait du Christ, le cœur de sa vie. C'est à partir de ce moment que la mission peut commencer, parce que celui que j'ai au fond de mon cœur, comme j'aimerais qu'il soit dans le tien, qu'il te rende heureux, comme il me rend heureux.

Au fond la mission n'est rien d'autre que ce cœur à cœur qui unit notre vie à celle du Christ et qui nous pousse à unir la vie des hommes à la sienne parce que nous croyons que la rencontre avec Jésus-Christ peut tout changer dans une existence.

C'est cet amour qui donne des ailes, celles qui ont permis à Jean Gabriel de partir si loin.

Le plus important pour le missionnaire ce n'est pas d'abord de mesurer la distance géographique entre son pays d'origine et son pays de destination, c'est surtout de mesurer la distance qui sépare l'homme de Dieu et de tout mettre en œuvre pour la réduire jusqu'à la rencontre entre l'homme et Dieu.

C'est pour cela qu'il part, parce qu'il a trouvé dans cette union au Christ, cette part d'universalité qui l'appelle à s'offrir à tous pour tourner le cœur des hommes vers Jésus-Christ.

Ce choix radical ne fait pas dans la demi-mesure. Il appelle à tout donner jusqu'à y laisser sa vie. Nous avons du mal aujourd'hui à comprendre qu'un homme comme Jean Gabriel ait pu consentir à un tel amour à la vie à la mort, jusqu'au témoignage ultime, celui du martyre.

Nous avons de l'admiration pour lui et pour tant d'autres mais nous nous disons que cela n'est pas pour nous tellement cela nous paraît lointain.

Mais n'oublions pas que c'est un enfant de chez nous qui l'a vécu.

Je sais que dans le Lot, on est fier quand un enfant du pays réussit ailleurs, on ne manque pas de le dire.

Jean Gabriel s'est accompli pleinement dans sa vie missionnaire, il l'a réussi parce qu'il l'a mené jusqu'au bout. C'est une fierté pour toute notre église diocésaine. Par sa trajectoire humaine, évangélique et spirituelle, il a établi un pont entre notre église locale et l'Eglise universelle et je me réjouis aujourd'hui que des prêtres de l'Eglise universelle viennent dans notre église locale pour y semer avec leur vitalité chrétienne, leur culture et leur tradition, la joie de l'Evangile.

A l'école de la mission, à celle de Jean-Gabriel, l'Esprit Saint nous apprend à bâtir des ponts pour que l'homme puisse rejoindre Dieu, pour que les hommes puissent se rejoindre dans l'amour de Dieu: voilà ce qu'est l’Eglise, voilà quelle est sa mission. Cela peut donner un objectif dynamique à nos assemblées synodales de doyenné

Ces ponts, les martyrs les ont construit avec leur foi, leur chair et leur sang. Essayons au moins de les construire avec foi, conviction, audace et amour.

AMEN.

Mgr TURINI

Evêque de Cahors